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La Confédération
Générale du Travail naît à Limoges en 1895.
La CGT se constitue
en associant dans une même organisation les syndicats regroupés
par Fédérations d'industrie et les syndicats de toutes branches
regroupés localement dans les Bourses du Travail.
C'est à partir
de cette double origine que se comprend jusqu'aujourd'hui la structuration
de la CGT comme de la CGT-FO en Unions Départementales d'une part
et en Fédérations d'autre part. Le Comité Confédéral
National (CCN) de FO, instance d'orientation entre deux congrès,
est constitué des représentants de chaque UD et de chaque
Fédération.
Le texte fondateur
du syndicalisme CGT originel est adopté en 1906 par son congrès
d'Amiens. Il est connu sous le nom de Charte d'Amiens. On s'accorde à
le reconnaître d'inspiration "anarcho-syndicaliste".
Par-delà son
origine historique, ce texte a toujours pour l'essentiel une totale actualité
et reste le texte fondateur du syndicalisme FO.
Il comporte quatre
points :
- 1. la "reconnaissance
de la lutte des classes", c'est-à-dire la reconnaissance
d'un conflit fondamental qui traverse la société et qui
oppose ceux qui travaillent et ceux qui exploitent la force de travail.
2. le but immédiat
du syndicalisme est de poursuivre "la coordination des efforts
ouvriers, l'accroissement du mieux-être des travailleurs par
la réalisation d'améliorations immédiates, telles
que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires,
etc."
- 3. le but ultime,
que prépare la besogne précédente, réside
dans "l'émancipation intégrale, qui ne peut se
réaliser que par l'expropriation capitaliste" ; le moyen
d'obtenir cette émancipation réside dans la "grève
générale" ; le syndicat devra devenir de "groupement
de résistance" un "groupement de production et de répartition,
base de réorganisation sociale"
4. le dernier
point concerne l'indépendance réciproque de l'organisation
syndicale et des organisations politiques, il vaut d'être cité
intégralement :
" en ce qui concerne les individus, le congrès affirme
l'entière liberté, pour le syndiqué, de participer,
en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte
correspondant à sa conception philosophique ou politique, se
bornant à lui demander, en réciprocité, de ne
pas introduire dans le syndicat les opinions qu'il professe au-dehors.
En ce qui concerne les organisations, le congrès décide
qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l'action
économique doit s'exercer directement contre le patronat, les
organisations confédérées n'ayant pas, en tant
que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis
et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent
poursuivre en toute liberté la transformation sociale ".
C'est évidemment
cette dernière clause qui sera appelée à jouer un
rôle historique majeur dans la constitution de la tradition syndicale
française, tout à fait différente de la britannique,
de l'allemande, de la belge ou de l'américaine (pour ne prendre
que quelques grands repères).
Sa première
partie, qui concerne la liberté de pensée des individus,
implique que l'organisation syndicale n'a pas à imposer de doctrine
officielle ou de vision du monde ; en ce sens, la CGT est une Confédération
de " libres-penseurs ", se fondant sur l'autonomie de jugement
des "individus", reconnus dans leur autonomie. L'organisation
syndicale n'est en ce sens ni une église, ni un parti.
Sa seconde partie,
qui concerne les partis et les " sectes ", fonde l'indépendance
du syndicalisme français par rapport aux partis politiques, et
plus particulièrement ici le Parti Socialiste, unifié depuis
1905 dans la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière).
Il est clair que
ce texte, auquel FO va se référer à titre de texte
fondateur, sera d'un grand intérêt dans les polémiques
et les combats qui traverseront la CGT entre ceux voulant soumettre le
syndicalisme à un projet politique et ceux voulant préserver
son indépendance.
1909 : Léon
Jouhaux devient secrétaire général de la CGT, à
30 ans.
La Guerre de 1914-1918
mesure les limites de l'indépendance syndicale : la CGT est divisée
entre une majorité (dont la direction) ralliée à
l'Union Sacrée et à l'effort de guerre, et une minorité,
pacifiste, dénonçant la guerre et soulignant la nécessité
de maintenir l'activité revendicative.
1919 : création
de la CFTC, qui deviendra CFDT en 1964 par la volonté de sa majorité
(sa minorité constituant la CFTC maintenue, qui existe toujours).
1921 : scission
entre la CGT et la CGTU (" U " comme " unitaire "),
laquelle regroupe au départ les éléments (divers)
de la CGT hostiles à la Guerre et se reconnaissant dans la perspective
révolutionnaire ouverte en Russie. La CGTU devient rapidement l'instrument
syndical du Parti communiste progressivement stalinisé. La CGT
redevient de loin la Centrale majoritaire, tandis que la CGTU se marginalise.
1924 : reconnaissance
légale des syndicats de fonctionnaires, qui rejoignent la CGT.
1936 : en
mars, réunification de la CGT (la division demeure toutefois en
fait entre les " confédérés " et les "
unitaires ", issus de l'ex CGTU)
1939 : exclusion
des dirigeants " unitaires " de la CGT refusant de condamner
le Pacte germano-soviétique.
1943 : dans
la clandestinité, " accords du Perreux " réunifiant
la CGT.
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En 1945, le rapport
des forces est nettement favorable aux ex "unitaires", en clair
les communistes staliniens; ils contrôlent 21 fédérations
sur 30.
Les ex "confédérés"
sont regroupés autour du journal clandestin Résistance Ouvrière,
créé en 1943, et autour de la figure historique de Léon
Jouhaux, rentré de déportation le 8 mai 1945. Le journal
Résistance Ouvrière devient Force Ouvrière.
Dans un premier temps,
et pendant plus d'un an, la perspective des "confédérés"
consiste à obtenir ce qu'ils appellent le "redressement interne"
de la CGT, sur les principes de la vieille CGT ; il n'est donc pas question
d'une scission.
Le créneau
des "confédérés" est tout naturellement
celui de l' "indépendance syndicale" ; indépendance
vis-à-vis du PCF, bien sûr, mais aussi vis-à-vis du
gouvernement.
C'est que, de 1945
à 1947 le PCF a des ministres au gouvernement ; les syndicats contrôlés
par le PCF sont donc contraints de se transformer en activistes de la
"production nationale", et de mettre sous le boisseau toutes
les revendications. C'est l'époque où Thorez, le chef du
PCF, déclare : "la grève, c'est l'arme des trusts".
En septembre 1945,
lors du premier CCN depuis la Libération, les communistes s'avèrent
majoritaires ; ils prennent la majorité au Bureau Confédéral
et imposent un second secrétaire général, en la personne
de Benoît Frachon, membre du Bureau politique du PCF depuis 1928.
La politique de prise
de contrôle systématique par l'appareil communiste, en même
temps que l'étouffement des revendications, conduisent à
une tension, y compris physique, qui s'accroît de semaine en semaine.
En août 1946
une scission se produit dans la Fédération des PTT. En septembre,
prenant acte de l'échec de la tactique dite du "redressement
interne", les " confédérés " constituent
les groupes d' "amis de Force Ouvrière", amorce
d'une organisation syndicale parallèle à la CGT.
C'est l'année
1947 qui précipite les choses. En mai, les ministres communistes
sont exclus du gouvernement. En septembre Moscou condamne le Plan Marshall
et exige de tous les PC qu'ils suivent cette condamnation et rompent avec
les gouvernements en place. La CGT se lance à corps perdu dans
l'agitation, en pratiquant la surenchère revendicative et en donnant
une forme quasi insurrectionnelle aux conflits.
La tension consécutive
à ces événements précipite la scission, qui
est accomplie par la seconde conférence nationale des groupes FO
les 18 et 19 décembre 1947. Le 19 décembre, Léon
Jouhaux et 4 secrétaires confédéraux quittent la
CGT.
Dans l'improvisation
des premiers mois, FO reçoit l'aide internationale de syndicats
belges, suisses et de l'AFL américaine (d'où la légende
des fonds de la CIA). Le ministère du Travail verse également
des subsides, pris sur les fonds de l'ex Charte du travail (extorqués
aux travailleurs par le gouvernement de Pétain).
Il est évident
que la création de FO est un enjeu politique et de politique internationale,
au moment où la CGT s'aligne totalement sur Moscou. Il est clair
que l'indépendance de FO aurait pu sombrer, si les dirigeants et
les syndicalistes authentiques qui ont constitué FO n'avaient été
soutenus par toute une tradition, celle de la vieille CGT.
Le Congrès
constitutif a lieu le 12 avril 1948.
Les structures adoptées
sont celles de la vieille CGT et l'appellation choisie est claire : CGT-FO.
Il ne s'agit donc pas de créer un nouveau syndicat, ou un nouveau
syndicalisme, au goût de la Guerre Froide, il s'agit de continuer
la vieille CGT, celle de la Charte d'Amiens. Léon Jouhaux devient
président de la CGT-FO, et Robert Bothereau secrétaire général.
En 1950, une estimation
du Ministère du Travail donnait les chiffres suivants : 1 500 000
adhérents pour la CGT, 400 000 pour la CFTC et 350 000
pour FO. Aux élections à la Sécurité Sociale
de la même année, la CGT recueillait 43,5 % des suffrages
(contre 59,3 en 1947), la CFTC 21,3 et FO 15,1 %.
Pour les créateurs
de FO, la grande déception est venue du refus de la FEN (Fédération
de l'Education Nationale, membre de la CGT) de les rejoindre, alors même
qu'ils les avaient accompagnés dans leur résistance contre
l'emprise communiste. Or la FEN choisit l'autonomie pour éviter
son éclatement, une autonomie "provisoire", qui deviendra
vite visiblement définitive.
La première
initiative d'ampleur de la CGT-FO est l'appel à la grève
interprofessionnelle du 25 novembre 1949. Il s'agissait d'obtenir, après
plus de dix années de dirigisme étatique le retour à
la libre négociation des salaires et des conditions de travail,
à travers des contrats collectifs librement négociés
entre patronat et syndicats. La loi du 11 février 1950 viendra
donner raison à FO, loi qui établissait le cadre des Conventions
collectives et attribuait à l'Etat le devoir de fixer le salaire
minimum (SMIG).
Dès lors,
la convention collective librement négociée entre patronat
et syndicat deviendra l'axe majeur de la pratique syndicale FO. Cet axe
consacre et renforce l'insistance sur l'indépendance syndicale
: le syndicat doit pouvoir négocier avec le patronat, sur la base
des rapports de forces, le cadre collectif, le statut collectif qui garantit
les droits des travailleurs. C'est par la Convention collective que les
travailleurs existent en force organisée, disposant de droits,
et non plus comme poussière d'individus éparpillés
dans les entreprises et soumis à la pression locale des patrons.
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Entre 1950 et les
débuts de ce qu'il est convenu d'appeler la Crise économique
(environ 1975), la CGT-FO va grandement contribuer à faire "engranger"
à la classe ouvrière une part des bénéfices
de l'essor économique.
Cela s'est fait par
une culture de la négociation et de la Convention collective. Par
opposition à la CGT, FO va privilégier durant toute cette
période, partout où cela était possible, la négociation,
en faisant de la grève un usage aussi modéré et efficace
que possible.
Cela a valu à
FO la réputation, surtout aux lendemains de 1968, de syndicat "modéré",
de "syndicat de la signature", à une époque où
la CGT et plus encore la CFDT adoptent un ton volontiers "révolutionnaire".
Une citation d'André
Bergeron, secrétaire général depuis 1963, illustre
très bien la politique FO. Bergeron déclarait au congrès
FO de 1971 :
"la politique contractuelle, en facilitant la discussion permanente
à travers la mise en contact des hommes appelés à
dialoguer, à négocier, souvent à s'affronter, en
définitive à conclure, est un aspect de la démocratie
(
). Le syndicalisme engagé dans l'action contractuelle, pour
défendre les intérêts permanents des travailleurs,
est un puissant contrepoids aux tendances oppressives sécrétées
par les Etats modernes. Il contribue ainsi à équilibrer
les notions d'efficacité et de liberté".
Bergeron ne nie pas
le constat qui ouvre la Charte d'Amiens, à savoir celui d'un fondamental
conflit d'intérêts entre ceux qui vendent leur force de travail
et ceux qui l'achètent et en font usage pour leur profit. Il suppose
toutefois que, dans cette période tout au moins, la négociation
entre les deux forces est possible en vue d'un compromis (qui est le contrat
collectif). Il est possible de conclure. C'est-à-dire qu'il est
possible au syndicat de signer un contrat qui assure un statut et des
droits collectifs, une progression du salaire, une diminution du temps
travaillé.
Bergeron insiste
d'autre part sur ce qui fait le fond de la "doctrine" FO, fidèle
à la Charte d'Amiens aussi, à savoir la conception du syndicat
comme "contrepoids". De nouveau cette idée suppose bien
la vision du champ social comme rapport de forces, avec l'idée
que le progrès social et économique est comme la résultante
de ces forces qui se composent. Quand la loi du profit est sans contrepoids,
alors l'histoire recule, les droits se perdent, la vie redevient barbare
; quand le poids du travail équilibre ou surpasse le poids du profit,
alors l'humanité peut reprendre sa marche en avant. Voilà
un peu le sens de la notion de contrepoids social.
Mais contrepoids,
cela signifie aussi indépendance. Indépendance à
l'égard de l'Etat, comme le souligne bien Bergeron. Le syndicat
n'est pas un pouvoir, ni un contre-pouvoir : il n'a pas vocation à
gérer, parce qu'on ne peut être à la fois dirigeant
et dirigé, employeur et employé, ou faire croire qu'employeurs
et employés auraient les mêmes objectifs, ou viseraient le
même "bien commun".
A la même époque,
la CGT, et surtout la CFDT, se veulent au contraire des "contre-pouvoirs",
ce qui signifiera que, comme on l'a vu depuis, lorsque la "gauche"
sera au pouvoir, CGT et CFDT se mettront à son service et lui serviront
de relais syndical.
Il y a une solidarité
profonde dans la CGT-FO entre l'insistance sur la négociation collective,
le thème de l'indépendance syndicale, et la notion de contrepoids.
Au fond, comprendre cette solidarité, c'est comprendre toute la
"doctrine" FO et en même temps tout ce qui la sépare
de la doctrine de la CGT et de celle de la CFDT.
Au-delà de
l'obtention de bonnes conventions collectives, il y a deux axes qui caractérisent
l'activité de FO : la défense et la promotion des services
publics, réalisations partielles mais concrètes de la République
sociale, et la défense et la promotion de la Sécurité
sociale, dans un cadre paritaire (il ne faut pas oublier que c'est FO
qui, depuis les lendemains de la Guerre a fait vivre la Sécurité
sociale, qui est en un sens sa création, jusqu'à son étatisation
par le Plan Juppé puis la politique Aubry).
Pour revenir sur
le terrain politique et sur le thème de l'indépendance,
il est clair qu'il y avait un danger qui guettait FO dès sa naissance,
à savoir sa dépendance à l'égard du parti
socialiste (SFIO). Il aurait pu se faire en effet qu'à la fin des
années quarante et dans les années cinquante, FO tombe sous
la coupe de la SFIO, comme la CGT était sous la coupe du PCF, c'est-à-dire
de Moscou, et la CFTC sous la coupe du MRP, c'est-à-dire du Vatican.
Cela aurait été en un sens dans la malheureuse logique des
choses.
Même s'il y
a eu des ambiguïtés, d'inévitables compromissions,
cela ne s'est pas réalisé. D'abord, et c'est l'essentiel,
parce qu'il y avait la tradition de la Charte d'Amiens et de la vieille
CGT, et cela comptait énormément, et notamment dans l'esprit
des militants, à la base ou au sommet, qui ont fondé FO.
Deux autres facteurs
ont compté. D'abord le gaullisme, qui, installé au pouvoir,
a annihilé la SFIO. Ensuite (mais c'est la suite logique) le Congrès
socialiste d'Epinay, en 1971, qui a mis fin à la SFIO, fondé
le "PS", et a amené à la direction du PS "modernisé"
des hommes de gauche n'ayant rien à voir avec la tradition socialiste
mais partageant plutôt les valeurs de la CFTC, devenue CFDT en 1964.
La fin des années
soixante et les années soixante-dix vont accentuer encore l'indépendance
et l'originalité de FO dans le "paysage" syndical français
et européen.
En 1969 FO
appelle à voter "non" au référendum proposé
par De Gaulle. Ce référendum avait un double objectif :
la mise en uvre de la régionalisation et la création
d'un Sénat corporatiste, associant dans une même Chambre
les représentants des "intérêts économiques",
c'est-à-dire patronat et syndicats, comme c'était le cas
dans la "Charte du Travail" du régime de Vichy.
En 1972 FO
refuse d'entrer, comme le font la CGT et la CFDT, dans le cadre de l'Union
de la Gauche, scellée autour du fameux "Programme commun".
Le syndicalisme ne saurait aliéner son indépendance dans
la poursuite d'objectifs politiques.
En 1981, FO
n'entre pas au gouvernement, et refuse tout organe de liaison institué
avec le gouvernement de gauche. FO maintient les revendications et refuse,
en 1982, d'accepter l'austérité au nom des intérêts
supérieurs de la gauche au pouvoir.
L'indépendance
de FO est dès lors éclatante, autant que la compromission
parallèle de la CGT, toujours soumise étroitement aux impératifs
politiques du PC, qui est alors au gouvernement, de la CFDT (dont les
dirigeants peuplent les ministères) et de la FEN (dont le dirigeant
E. Henry est nommé "ministre du temps libre"
, faisant
un mal incalculable aux enseignants).
Cela vaut à
FO d'excellents résultats de syndicalisation, et une nette progression
aux élections à la Sécurité sociale de 1983,
où la barre des 25% est atteinte. C'est des années 80 et
de ce contexte que date le renforcement et la modernisation de FO.
En 1984, la
Confédération Cgt-FO rompt l'accord tacite qui la liait
avec la FEN pour ne pas empiéter sur le champ de syndicalisation
du monde enseignant. Un syndicalisme FO se structure dans l'enseignement,
constitué pour une large part de militants issus d'une des tendances
de la FEN.
Aux élections
professionnelles de l'Education Nationale de 1984, les listes FO, sur
un créneau laïque et anti-pédagogiste, rencontrent
un succès inattendu (souvent plus de 20% des voix dans le second
degré, au détriment du Snes-Fen). C'est de cet épisode
que naît le syndicalisme FO dans l'enseignement, qui, après
sa percée, a dû lutter pour se maintenir et pour compter
: en butte à l'hostilité sans merci du ministère
et des "pédagogues", au boycott des médias, et
à la volonté farouchement monopoliste de la FEN (et de sa
scission de 1991, la FSU).
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En 1989, Marc
BLONDEL succède à André BERGERON à la tête
de la Confédération.
Ce changement de
personne marque aussi un changement d'époque : les illusions de
la "gauche" au pouvoir ont vécu et l' "alternance"
est passée par là ; l'austérité est bien installée,
la misère gagne des secteurs de plus en plus larges de la société,
mettant à mal l'ensemble du système de droits collectifs
et de protection sociale hérité des conquêtes de 1936
puis de 1945.
Le moment est venu
pour le capitalisme financier, et cela au niveau mondial, de prendre une
revanche. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont les premiers à
y passer, avec férocité. "Gauche" ou "droite",
la France y passe aussi, mais plus lentement, en raison notamment d'une
longue tradition de résistance sociale. Mais avec la "gauche
plurielle", et la loi Aubry notamment, le processus s'accélère.
Paradoxalement, c'est
dans les pays réputés pour la force de leur syndicalisme
(Etats-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, par exemple),
que la réaction capitaliste (connue sous le nom de "libéralisme"
ou "néo-libéralisme") frappera le plus fort et
ira le plus loin dans le démantèlement des institutions
ouvrières. Et c'est en France, avec ses syndicats si "faibles
et divisés", comme le répètent la Presse, que
ces institutions résisteront le mieux (rappelons-nous novembre-décembre
1995 contre le plan Juppé).
Cela signifie simplement
que la force d'un syndicat ne tient pas ou pas seulement au nombre de
ses adhérents : c'est en Grande-Bretagne sans doute qu'ils étaient
proportionnellement les plus nombreux et c'est là que les reculs
ont été les plus dramatiques ! La tradition de la Charte
d'Amiens, qui est aussi celle de l'anarcho-syndicalisme, a dessiné
en France un syndicalisme moins nombreux mais somme toute fort d'une plus
grande indépendance et donc plus résistant.
Toujours est-il que
l'époque Blondel n'est plus l'époque Bergeron. Inutile de
supposer que les "gauchistes" auraient pris clandestinement
le pouvoir à FO, scénario préféré des
policiers de tous bords. La politique Bergeron ne pourrait tout simplement
plus avoir cours aujourd'hui. Comme le disait Blondel, interrogé
par les journalistes sur sa différence par rapport à Bergeron
et l'étonnement qu'elle suscitait, et notamment le fait que FO
était plus revendicative et moins prête à signer des
accords : "pour signer, il faut être deux".
Autant, dans les
années soixante et soixante-dix le patronat était prêt
à signer des accords, au gré toujours bien sûr des
rapports de forces, autant FO pouvait les signer et "engranger"
des acquis, pendant que Cfdt et Cgt parlaient d' "autogestion"
et de "socialisme", autant aujourd'hui les seules signatures
proposées ne peuvent signifier que l'annihilation des acquis. Voilà
pourquoi maintenant c'est la Cfdt qui signe, et, de plus en plus, la Cgt.
Il est clair cependant
que la culture du contrat collectif, de la négociation, n'ont pas
disparu de l'esprit FO, puisqu'ils expriment son identité ; et,
de fait, des accord collectifs sont encore signés. Mais le patronat,
qui domine le rapport des forces, ne veut plus de "contrats collectifs".
Il ne cesse de le dire : il veut de l'individualisation, il veut pouvoir
revenir à la situation du XIXe siècle où l'employé
était seul, isolé et écrasé devant le patron
avec qui il concluait le contrat de travail.
Et le patronat est
puissamment aidé en cela par la loi qui exprime le mieux la nature
de la "gauche plurielle", la loi Aubry, prétendument
faite en vue des "35 heures", réellement faite pour annualiser,
flexibiliser et individualiser. La loi Aubry permet en effet à
l'employeur de négocier le temps de travail non pas seulement au
niveau de l'entreprise, mais au niveau individuel
La nouvelle époque
que nous vivons est celle de la résistance sociale. Il y s'agit,
ni plus ni moins, en défendant nos salaires, nos conditions de
vie, nos institutions (sécurité sociale, retraite, etc.)
de défendre la civilisation.
Le plus grand danger
qui menace les syndicats dans une telle époque, c'est la perte
de leur indépendance. L'indépendance syndicale, cette volonté
farouche de ne soumettre les revendications des salariés à
aucun prétendu "intérêt général",
qui justifierait la destruction de la sécurité sociale,
des retraites, l'annualisation, la flexibilité ET l'explosion des
profits boursiers. Voilà pourquoi nous aimons à nous présenter
ainsi : "FO, un syndicat qui reste un syndicat".
Emmanuel
Carsin
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